Vie Politique et religieuse

reconstitution de la villa de Gilly sur Isère

Les témoignages de vie religieuse et d’organisation de culte pré-chrétien sont peu nombreux, mais attestés.

Isis déesse mère allaitant Horus

L’origine du hameau de PARIZET est antérieure au CHRISTIANISME. Des témoignages, tels que médailles Gallo-Romaines, poteries, tuiles romaines, dites sarrasines et surtout un autel antique avec une inscription gravée, retrouvée au 17e siècle, portant les mentions suivante (source bibliothèque de Grenoble, traduction Guy Allard) :

ISIDI MATRI

SEX- CLAUDIUS VALERIANUS

ARAM CUM SUIS ORNAMENTIS

UT VOVERAT D-D

Cet autel, avec ses ornements a été dédié en ce lieu par SEXTUS CLAUDIUS VALERIANUS à la déesse égyptienne Isis-mère. Par ses fonctions secondaires cette grande déesse assure la protection de la santé et celle de la nature, commande les animaux (Isis est représentée avec un serpent), elle est aussi la patronne des fleuves. Pourquoi PARIZET, ce rocher dominant le furieux cours du DRAC qui a si souvent dévasté la contrée n’aurait-il pas adoré ISIS ?

ISIS déesse, mère d’Horus dans la mytologie Egyptienne, trouve son origine dans des anciens cultes orientaux, importés par la vallée du Nil, dés la période néolithique.

ISIS Temple de Philae Egypte

Les Grecs, puis les Romains, l’ont fait entrer dans leurs panthéons respectifs.

Voici ce qui serait écrit, gravé en lettres sacrées sur une colonne qui lui est dédiée et qui se trouverait à Nysa en Arabie, selon Diodore de Sicile :

« Je suis Isis, la reine de l’Égypte,
éduquée par Mercure.
Ce que j’ai institué par des lois, personne ne le désagrégera.
Je suis l’épouse d‘Osiris.
Je suis la première inventrice des productions.
Je suis la mère du roi Horus.
Je resplendis dans la constellation du chien.
C’est pour moi que la ville de Bubaste a été fondée.
Réjouis-toi, réjouis-toi, Égypte,-toi qui m’as nourrie. »

Etymologiquement, PARIZET vient du grec “PAR ISIDI”, francisé par la suite.

(L’écriture actuelle de PARISET serait due à la faute d’un employé des Postes qui aurait changé le “Z” en “S”).

Bas relief Egyptien : Isis, Rê et le serpent Apophis

De plus, selon les croyances populaires locales, ISIS protégeait de la morsure des serpents : du serpent au venin et au nom actuel de la tour, il n’y a certes un trés grand pas, il fut vite franchit pour garantir la légende !.

Le mot “SEYSSINET” viendrait lui du latin “SESSINUM”.

Au temps de ALLOBROGES et des VOCONCES, et plus précisément de la tribu des VERTAMOCORII occupant un ”pagus” formant la région nord du VERCORS (C.F. généralités Gallo-Romaines), les vestiges du temple sont utilisés comme autel druidique, un des plus fréquenté de la région.

M. Florian Vallentin (Historien du 19e siècle), spécialiste de l’épigraphie gauloise, mentionne dans un essai sur les Divinités indigètes (héros divinisés ou demi-dieux particuliers d’une région) du Vocontium qu’on a découvert en 1826 au sud du Vercors, à St. Etienne en Quint, un monument votif consacré au Dieu RUDIAN, principale des Divinités en honneur chez les VERTAMOCORII. Il en conclut que la prononciation locale devant émettre en “ROUYAN” le RUDIANUS latin, la partie la plus basse de l’ancien pagus Vertacomicorius aurait pris le nom du Dieu qu’on y vénérait et serait devenu ROYANS.

(Source de documentation : Histoire des communes de l’Isère et histoire du Vercors de Henri Ferrand.)

L’histoire de la rive gauche du Drac et des communes de Seyssinet, Seyssins, (future archiprêtré de “L’au delà du Drac”) est étroitement liée à celle de Grenoble pour laquelle il existe davantage de témoignages de ce passé Gallo-Romain.

D’après l’historien JEAN GODEL , la date la plus ancienne, de l’histoire religieuse de Grenoble est 381, lorsque DOMNIN, son premier évêque, apposa sa signature au bas des actes du concile d’AQUILEE, qui mettait fin pour l’occident, à l’arianisme. En effet quelques années auparavant, CULARO avait été élevée par l’empereur Gratien au rang de chef-lieu de cité; elle était devenue GRATIANOPOLIS, la ville de Gratien, en reconnaissance pour l’empereur, qui venait ainsi de la sortir de son modeste état de cité gauloise et de l’ériger, dans la foulée, au rang d’ Evêché.

Par rapport à Vienne et à Lyon qui dès 177, soit deux siècles auparavant, avaient déjà donné des martyrs à l’Eglise, on ne peut pas dire que Grenoble se soit précipitée dans le christianisme. Ce qui pose quand même quelques problèmes, au sujet desquels on n’a que des hypothèses.

Depuis longtemps les historiens sont obligés d’avouer leur ignorance sur ce qui s’est passé du point de vue religieux avant 381 et ils n’en savent guère plus pour les siècles suivants, sauf sur ce que nous ont apporté les fouilles anciennes et surtout récentes de la rive droite de l’Isère, sur le site du quartier Saint Laurent.

Les fouilles du siècle dernier avaient pu faire penser que la cité épiscopale était installée sur cette rive droite. Aujourd’hui cette hypothèse est abandonnée : la cité épiscopale a été établie, dès son début, là où elle se trouve aujourd’hui, sur l’emplacement de la cathédrale actuelle où quelques sondages ont fait apparaître des constructions antérieures à l’époque romane. Cette cité devait comprendre une église, dédiée à Saint Vincent, un baptistère et l’habitation du presbyterium.

Quand à la rive droite, grâce aux fouilles conduites depuis 1970 par Raymond GIRARD, puis par Michel et Renée COLLARDELLE, elle constitue l’unique ensemble archéologique d’une ville qui n’a commencé son essor qu’à la fin du 19e siècle. Nous savons maintenant la place qu’elle a occupée dans les premiers siècles chrétiens et mérovingiens : il y avait là, depuis le 2e siècle une nécropole romaine qui avait commencé sur la butte de LA TRONCHE et qui s’était progressivement rapprochée de la ville pour se développer sur le site actuel de Saint Laurent; elle poussait même une ramification sur les flancs de l’actuelle Bastille. Les chrétiens colonisèrent cette nécropole, confirmant ainsi cette partie de rive droite dans un rôle de “banlieue sacrée” de Grenoble.

L’implantation des “villae” Romaines, à la fin du dernier siècle av JC, eut une incidence déterminante et irréversible sur l’habitat et les paysages.

maquette d’une villa romaine

En dehors des “cités”, les nouvelles villaes s’installent en plein milieu des plateaux fertiles, au sol uniforme, en dépit des apparentes difficultés d’approvisionnement en eau. Ces innovations sont en contradiction avec les traditions de l’agriculture “gauloise” déjà en place, qui recherchait les points d’eau et les sols variés. Habituellement l’eau fixait les habitats, les nouveaux occupants privilégient le sol, compte tenu de leur maîtrise des adductions.

Il est à peu près certain que, en plus des cultures traditionnelles locales, les “villae” vont accroître la production de blé et de laine, pour satisfaire les besoins croissants de l’occupation militaire et d’une démographie en forte expansion.

La colonisation romaine apporte une culture de commerce et substitue rapidement une économie de marché à l’économie de subsistance locale.

Le développement de ces nouveaux modes de production agraire modifie de façon irréversible les paysages originels.

Mais par ailleurs ce nouveau système est remarquable par son organisation structurée, liée à une fiscalité savante, car fondée sur la “centuriation” du sol : l’espace foncier est découpé en lots carrés ou rectangulaires de superficie égales, appelées centuries. Ces lots sont eux mêmes subdivisés en parcelles, bordées par des sentiers d’accès, des murets de pierres et/ou des fossés de drainage et d’irrigation; ces limites sont encore perceptibles sur des photos aériennes.

La cadastration Romaine va déterminer notre paysage rural jusqu’à la fin du XIX° siècle, début du remembrement. La centuriation n’a guère laissé de traces dans les Alpes.

Les indications retrouvées sur les vestiges (musée d’Orange) mentionnent trois sortes de terres : Les unes assignées aux vétérans romains à titre individuel. Les autres confiées à l’administration de la colonie, les dernières laissées en dehors de la centuriation.

Les premières étaient naturellement les meilleures terres déjà exploitées avant la fondation coloniale, enlevées aux indigènes pour être attribuées aux colons, elles étaient exemptes d’impôts fonciers.

Les deuxièmes étaient généralement des friches, sur lesquelles les locataires recevaient un droit d’usage, à titre perpétuel et héréditaire, moyennant une contribution annuelle et à condition de les mettre réellement en valeur.

Les dernières, dites subcesives, comprenaient les terres incultes, aux frontières du territoire colonial, soit les terrains vagues compris entre les parties centuriées et la limite communale, usurpées par les uns et par les autres, revendiquées par les particuliers et par la colonie, ces “communaux” étaient à l’origine de maintes contestations.

Il y avait une quatrième catégorie qui ne figurait que sur le 1° cadastre sous le nom de “rei publicae”: les terres appartenant à l’état Romain.

Les trois cadastres successifs peuvent être situés sur une période de 200 ans environ, de – 50 à 150 ans. On ne trouve aucune indication d’existence cadastrale avant César et Auguste. Même si elle répondait à une stratégie politique (sanctions contre les vaincus), la cadastration fut avant tout conçue comme un instrument de colonisation : assignation des meilleures terres aux colons, pour assurer la “fidélisation” à l’empereur. La dimension économique est aussi évidente, car favorisant la mise en valeur des terres les plus fertiles, la romanisation des campagnes va se construire pendant presque 5 siècles.

L’aspect fiscal est fondamental. Chaque centurie est désignée par ses coordonnées, ses surfaces, ses divers types de terres, éléments déterminant le taux de la redevance annuelle, ainsi que le statut de l’adjudication, le nom du bénéficiaire et de ses enfants (futurs héritiers). Le plan cadastral était affiché, donc accessible à tous.

Source de contraintes pour les autochtones, il fut sans conteste, de manière directe ou indirecte, un vecteur d’élévation du niveau de vie des populations paysannes, malgré d’importantes disparités liées aux différents statuts sociaux.

L’organisation sociale de l’habitat : “Vicus” (hameau), “Fundus” (le domaine), “Civitas” (la cité).

Ces trois mots définissent dans la Gaule Romaine, le cadre de la vie sociale, encore très rurale.

La cité est l’unité administrative qui correspond au territoire d’un “ancien peuple” (Allobroges, Voconces par exemple), autour des villes coexistent des domaines et des hameaux (et non comme de nos jours des villages, ou communes rurales qui n’existeront que beaucoup plus tard.

Seuls les “Domaines ”constituaient l’unité de l’exploitation agricole. La “villa” était l’ensemble et l’image du domaine, quelle que soit sa dimension. Ceux de notre région sont toujours restés de taille modeste, en comparaison à ceux des grandes plaines du vaste empire romain, et ceci compte tenu de l’espace exploitable dans un environnement particulier de piémont entre pentes du Vercors et méandres marécageux du Drac et de L’Isère.

Il semble évident, par ailleurs, que l’implantation des domaines a préparé les territoires des communes futures.

Le propriétaire de la villa, possède souvent une demeure particulière au sein de la cité, il y exerce souvent une activité commerciale et politique. Romain d’origine ou aristocrate gaulois romanisé, il est riche et étale sa puissance sur laquelle s’appuie le pouvoir central de Rome.

La population rurale est très diversifiée, selon les régions : petits propriétaires, fermiers, ouvriers agricoles, ou même esclave, (statut relativement rare dans nos régions alpines peu peuplées).

Il serait intéressant de connaître la part des enrichissements culturels et l’impact réel sur les habitudes de vie, les traditions festives, de la colonisation, sur les couches de sociétés les plus populaires : quelles sont les survivances indigènes et sur quelle durée dans la vie de la Gaule Romaine ? Si l’aristocratie s’est latinisée avant la fin du premier siècle de notre ère, le peuple est demeuré foncièrement gaulois, Allobroges ou Voconces jusqu’au début du Moyen-âge, c’est à dire au V °siècle sous l’intégration Burgonde, et encore.

Il en est pour preuve l’habitat, qui, hors “villa”, n’évolue guère entre le I° et le IV° siècle : La plupart des maisons indigènes étaient des cabanes de forme quadrangulaire. La hutte ronde en bois, clayonnage d’argile et toiture en roseaux va disparaître progressivement, sous l’influence coloniale. Malgré la fragilité de ces matériaux et la médiocrité des constructions, les fouilles archéologiques actuelles, livrent maintes traces d’habitations de ce type, grâce notamment aux ustensiles en céramique et aux monnaies. Ce modèle de construction rural dépassera largement la période romaine et traversera le Moyen-âge, sans beaucoup d’évolution notable.

Les pratiques agricoles des populations autochtones étaient déjà très élaborées, elles vont rapidement s’imposer à l’occupant romain. L’agriculture gauloise était trés avancée , grâce à un outillage perfectionné (faux, charrues, moissonneuses etc.),obtenu par une maîtrise précoce de forgeage des métaux. La culture des peuples locaux mérite d’être remise en valeur (les seuls écrits sont ceux de l’occupant romain..), et il ne fait nul doute que la “civilisation gallo-romaine” s’est véritablement élaborée par apports et enrichissements mutuels.

Les Allobroges des vallées alpines et leurs voisins Voconces du Vercors et de la rive gauche du Drac, avaient perfectionné les moyens de transport : “le carpentum”, véhicule attelé à deux rues, et “la benna”, sorte de robuste tombereau à quatre roues, par exemple, sont très tôt adoptés par les Romains.

La connaissance locale du travail de la laine, du lin et du cuir, permet de fabriquer des vêtements adaptés aux conditions climatiques, elle va aussi modifier la culture vestimentaire, de manière prégnante, dès le III ° siècle, y compris en Italie, la mode était déjà un vecteur d’échange culturel !

Après la disparition du “druidisme” au premier siècle, les pratiques religieuses anciennes, d’origines celtique, vont coexister longtemps avec un christianisme “romain” implanté par “foyer”, et ce surtout dans les campagnes.

Marcel Le Glay écrit en conclusion d’une étude de référence :

“Au terme d’un tableau bien incomplet, des survivances gauloises dans la vie rurale de la Gaule romanisée, on ne peut manquer d’être frappé par la vivace permanence du fond indigène et par l’importance des influences que celui-ci a exercé dans tous les domaines sur les Romains colonisateurs. Il serait pourtant faux de croire que le jeu des influences a fonctionné à sens unique. La civilisation importée par les vainqueurs a elle aussi profondément marqué le fond indigène. et c’est précisément pour cela que l’on peut parler, à propos de campagnes comme des villes, de civilisation “GALLO ROMAINE”.

Sources et documentation historique : Histoire des communes de l’Isère et Histoire du Vercors de Jean FERRAND, La Gaule Romaniséede Marcel LE GLAY (professeur d’histoire romaine à l’université de Paris-X), Atlas culturel des Alpes Occidentales ( sous la direction de Colette Jourdain-Annequin)

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